Montpellier Histoire & Photos

8éme ville de France - 500 descriptions - 700 photos

Depuis 1999

Font Putannelle ou

fontaine du Grand Argentier

la Fontaine avant la réhabilitation de l'année 2006, elle en avait bien besoin.

Cette fontaine que l'on peut voir uniquement en allant dans le lit du ruisseau Verdanson (hors période de pluies et d'orages sinon c'est très dangereaux) est due à Jacques Coeur qui l'a payée avec ses deniers. Elle était réputée auprès des Montpelliérains pour la qualité de ses eaux.

Pour y accéder il faut prendre la rue des carmélites, perpendiculaire à l'avenue Bouisson Bertrand. On peut également la voir du dessus en se promenant sur l'avenue Saint Charles juste au croisement de l'avenue Chancel.

Telle était la fontaine au cours du XIX siécle. Adossé au mur du jardin de l'Hôpital, tournée vers le Verdanson qui la borde. On s'y rend alors par la rue de la Font Putanelle qui descend en pente douce dans le lit du ruisseau.

Fréquentée dans la première moitié du XIX éme, elle sera délaissée jusqu'à sa redécouverte à la fin de XIXé. Envasée, on ne voit plus de la fontaine que son fronton. On a oublié que se cache sous la voute derrière le fronton, la fontaine du XVé, commandée par Jacques Coeur.

De la première fontaine ne manque que l'arc en ogive. Les piédroits qui supportaient l'arc sont là, la pile aussi qui recevait les eaux, les armes de Jacques Coeur et à côté la tourte des Guilhem, demi sphère énigmatique. On avait surtout oublié, derrière le mur du fond, la salle voûtée du réservoir et ses deux petites galeries en pierre de taille, toujours intactes. Aujourd'hui sous le tramway, une salle obscure gorgée d'eau résonne de clapotis et du croassement de quelques grenouilles tranquilles.

JACQUES COEUR

“A vaillans cuers, riens impossible“ telle est le célèbre devise de Jacques Coeur, qui avait fait de Montpellier la tête de pont de ses activités commerciales entre 1440 et 1451. Né à Bourges vers 1395 ce fils d'un gros marchand pelletier a hérité de son père un sens aigu des affaires. Il méne de front toutes sortes d'activités : mines de plomb et de cuivre, étoffes, draps, papeterie, banque, métaux précieux, et même traite des blanches. En 1432, il se lance dans le commerce avec le Levant. Il cumule aussi d'importantes fonctions politiques : maître des monnaies (1436), argentier de Charles VII (1436), commissaire auprès des Etats du Languedoc (1441). Anobli, il entre au Conseil du roi en 1442 et devient visiteur général des gabelles pour le Languedoc en 1447.

Outre la Font Putanelle, Jacques Coeur dote Montpellier en 1447 d'une grande loge des marchands d'où selon l'historien d'Aigrefeuille, le grand argentier pouvait voir depuis la terrasse ses galées silloner la Méditerranée. Cet édifice s'élevait à l'angle de la rue de l'Aiguillerie et de l'actuelle rue de la loge, face à l'entrée principale de l'église Notre Dame des Tables. Jacques Coeur possédait des entrepôts et plusieurs maisons à Montpellier. Il habitait la plus importante, qu'il avait fait construire et dans laquelle s'installeront plus tard les Trésoriers de France. Elle abrite aujourd'hui le musée languedocien de la société archéologique de Montpellier.

Jalousé pour sa fulgurante ascension et son immense fortune, il est victime d'une Cabale. En 1451, il est arrêté pour malversation et, après un long proècs, condamné à une énorme amende (550000 livres), à la confiscation de ses biens et à la prison.

Après 3 années d'incarcération, il s'évade et trouve refuge auprès du Pape Calixte III. Il meurt en 1456 à Chio au cours d'une expédition montée par le pape contre les Turcs.

Louis XI réhabilitera sa mémoire et restituera ses biens à ses héritiers. A la suite de sa disgrace, ordre avait été donné d'effacer les armes de Jacques Coeur dans tout le royaume mais les consuls de Montpellier, reconnaissant envers leur illustre bienfaiteur, oublèrent volontairement les injonctions. C'est ainsi que les armes, quoique rongées par le temps et les verdansonnades, sont toujours visibles sur le mur de la Font Putanelle.

Petite histoire.

Le nom de ce monument semble évoquer de prime abord les dames qui vendent leur charmes. Pourtant ce lieu, bien que propice aux rendez vous galants, était fréquenté par des amoureux et non par des prostituées. La rue des Carmélites s'appelait d'ailleurs autrefois rue des Amoureux. On peut dire que la vérité sur l'étymologie de la Font Putanelle est au fond du puits car son nom provient d'une déformation du mot latin puteus qui signifie puits, allusion à celui qui alimente la fontaine.

Si l'on se réfère à l'historien d'Aigrefeuille, les eaux de la Font Putanelle avaient des vertus thérapeutiques. En 1737, il note dans son histoire de la Ville de Montpellier :

“l'eau est si ardente et si saine, qu'elle ne tarit jamais et qu'on y va le matin, dans les grandes chaleurs, de l prendre comme remède“.

Au cours des premières décennies du XIX éme siècle, la jeunesse montpellièraine se retrouvait le dimanche aux abords de la Font Putanelle pour danser au son du hautbois et du tambourin ou pour fredonner les chansons écrites par le poète clapassier Gaussinel.

Voici le refrain et la traduction de celle qui avertit les grisettes du danger encouru en fréquentant ce lieu ...

Evitas, jouinessa bèla,

Aquéla font putanéla,

Qué mai d'uno pastouréla,

Y a coupat soun ourgealat.

Evitez jeunesse belle,

Cette fontaine putanelle,

Car plus d'une jouvencelle

Y brisa son petit cruchon.

La Font putanelle inspira aussi Auguste Guiraud qui en fit le sujet d'une pièce de théatre en 3 actes créer à Montpellier le 11 novembre 1808. Au soir de sa vie, le médecin, homme politique et écrivain Paul Vigné d'Octon (1859-1943) évoque la Font Putanelle dans ses souvenirs de jeunesse. Laissons lui la parole :

“rares étaient les Montpelliérains qui s'aventueraient vers ces parages d'une réputation assez facheuse pour le beau sexe, si l'on se fie aux apparences de son nom. Toutefois, à cet endroit, le passage du Merdanson constituait un fort commode raccourci pour les habitants de cette partie du faubourg Boutonnet qui avoisine l'Ecole Normale ; aussi les gens de Boutonnet qui étaient seuls, avec les amoureux en quête d'une solitude propice encore que malodorante, à fréquenter cette fontaine et ses entours, auraient-ils fini par croire qu'ils en avaient l'exclusive propriété. Et certain jour des jeunes du faubourg molestérent plusieurs habitants de la Valfère qui avaient osé s'y risquer“

La font Putannelle en 1818

Dans le lit même du verdanson s'élève la plus ancienne fontaine de Montpellier encore visible, la Font Putanelle. Elle a été construite en 1447 par Louis Dandréa, à l'initiative de Jacques Coeur. Elle est fermée par un mur de 1,30m d'épaisseur au pied duquel une pile recevait l'eau par un canon en fer. Les armes de Jacques Coeur et celles de la ville ornent ce mur contre lequel s'adossent deux pedroits qui supportaient un arc ogival de 0,75 m de saillie. Entre les blasons et la pile, une ouverture rectangulaire (0,60 par 0,43m) donne sur une salle voûtée servant de réservoir. Elle mesure 4,33 sur 1,30 et sa hauteur sous clef est de 2,43m.

Elle est pavée de dalles et dirigée parallèlement au Verdanson. L'eau arrive par deux galeries qui débouchent aux angles de la paroi du fond. L'une d'elles communique avec le puits du jardin potager de l'Hôpital Général, situé à 84m de la fontaine. Pour réparer l'outrag des ans et des verdansonades, la Font Putanelle est, à plusieurs reprises, l'objet de réfécetion : par Ramon Bringié (1624), Chapus (1679), Izac Guérin (1683) et Aubrespy (1884). Les noms de ces maîtres maçons sont gravés sur les parois du réservoir.

En 1697, un projet de restauration est confié à Charles Augustin d'Aviler, architecte de la province de languedoc, mais ce projet n'aboutira pas. La fontaine ne subit aucun changement notable jusqu'en 1820, date à laquelle l'édifice actuel, composé d'une voûte en plein cintre ornée d'un fronton et d'un tympan en rocaille, est réalisé d'après les plans de l'architecte de la ville Jacques Donnat. Cinq marhces donnent accès aux précieux liquide.

Lors de la campagne de déblaiement et de restauration de 1884, sous l'administration Laissac, des vestiges de la construction primitive décrite ci - dessus ont été mis au jour.

En 2006, après une longue période d'oubli et de dégradation une heureuse restauration redonne une nouvelle jeunesse à la vénérable Font Putanelle.