Montpellier Histoire & Photos

8éme ville de France - 500 descriptions - 700 photos

Depuis 1999

Architecte : Lollini Jeanne-Laure 8 rue de la Valfère 34000 04 67 66 13 14

Inaugurée le 15 décembre 1997 par le Député Maire Georges Frêche.

Jean-Jacques Rousseau (Genève, 28 juin 1712 - Ermenonville, 2 juillet 1778) Ecrivain et philosophe. Il est le descendant d'une famille protestante d'origine française, établie à Genève depuis le XVIe siècle. Sa mère meurt en le mettant au monde. Son père, horloger atypique ayant longtemps mené une vie de vagabondage, donne au jeune Jean-Jacques une éducation fantasque, dominée par son goût pour la littérature et Pétrarque en particulier. A dix ans, Rousseau est confié à un tuteur, son oncle Bernard, qui va tenter de remédier à son éducation négligée. Mais sa famille ne sait trop quoi faire de lui, vers quel métier l'orienter. Horloger, pasteur, artiste-graveur ? Toute tentative se solde par le renvoi ou la fuite du jeune homme. A seize ans, il quitte Genève et fait à Annecy la rencontre capitale de sa vie, celle avec Madame de Warens. Pour l'amour d'elle, Rousseau se convertit au catholicisme et, par obéissance, il entre au séminaire. Au bout de quelques mois il en est chassé et revient chez sa protectrice. Il se fixe auprès d'elle dans sa demeure des Charmettes, près de Chambéry.

 

C'est une parenthèse heureuse (1732-1740) dans son existence aventureuse et précaire. Durant ces années, en parfait autodidacte, il entreprend des études sérieuses et systématiques, notamment de musique. Le système de notation musicale qu'il invente et dont il espère faire fortune est rejeté par l'Académie de Paris où il se rend en 1741. Dans la capitale, il vivote en donnant des leçons de musique ou en effectuant des travaux de copiste, jusqu'à ce qu'une nouvelle bienfaitrice, Madame Dupin, lui procure une place de secrétaire d'ambassade à Venise. Dix-huit mois plus tard il est de retour à Paris où il fait la connaissance d'une lingère, Thérèse Levasseur, dont il aura cinq enfants, tous abandonnés aux " Enfants assistés ". Beaucoup plus tard, dans ses Confessions, il s'en expliquera :

 

" Hors d'état d'élever moi-même mes enfants, il aurait fallu dans ma situation les laisser élever par leur mère (...) et par sa famille qui en auraient fait des monstres. Je frémis encore d'y penser ".

 

Dans le temps où il séjourne à Paris (1742-1749), Rousseau fréquente les salons littéraires, fait la connaissance de Fontenelle, Voltaire, Rameau, Marivaux et Diderot pour lequel il collabore à l'Encyclopédie. Toujours passionné de musique, il compose plusieurs opéras dont Le Devin du village, joué à la cour et qui remporte un vif succès. Mais c'est la publication en 1750 du Discours sur les sciences et les arts qui rend Rousseau subitement célèbre. Paru en 1755, son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes le place pour ses contemporains au niveau même de Voltaire. Cet essai marque un moment capital dans l'histoire des doctrines politiques et annonce le Contrat Social. Celui qui a déclaré qu'il se " soucie de plaire ni aux beaux esprits ni aux gens à la mode " va mettre en pratique ses théories en se retirant pour travailler à la campagne, près de Montmorency, chez sa nouvelle protectrice madame d'Epinay. C'est à cette époque qu'il rencontre la comtesse d'Houdetot, qui ne lui offre que son amitié. Mais pour la première fois, Rousseau " aime d'amour ". De cette passion contrariée pour la comtesse va naître son premier roman : La Nouvelle Héloïse (1761). Roman d'amour malheureux et roman philosophique, cette œuvre renferme également beaucoup d'éléments  dont l'exaltation de l'individu &endash; que le romantisme va exploiter plus tard et qui influenceront les auteurs français (Chateaubriand, Lamartine, George Sand, etc.) mais aussi européens, notamment Goethe.

 

Dans l'année 1762, Rousseau publie deux ouvrages qui auront un immense succès et retentissement Du Contrat Social et Emile ou De l'éducation. Le premier a exercé une action décisive dans l'évolution de la pensée politique et morale moderne. Le second révolutionne complètement la pédagogie en prônant une " éducation naturelle ". L'audace de ce traité est d'instituer l'étude systématique de la nature de l'enfant et d'introduire, dans le domaine éducatif, les principes de la méthode expérimentale. L'Emile est condamné au feu et son auteur, " décrété de prise de corps ", est contraint de se réfugier en Suisse.

 

Abandonné par sa grande amie Madame d'Epinay, attaqué par Voltaire, renié par le clan des philosophes et celui des dévots, poursuivi par les pasteurs suisses, Rousseau se sent dans l'obligation de se justifier. Ainsi commence-t-il à rédiger les Confessions (1765-1770), première grande œuvre autobiographique des temps modernes. Publié après la mort de Rousseau en 1782 et 1789, ce récit marque un tournant décisif dans la connaissance de l'homme et ouvre la voie à la psychanalyse. Pour la première fois, un écrivain ose pénétrer " dans le labyrinthe obscur et fangeux " de sa vie intime. Durant les cinq années où il rédige les Confessions, Rousseau mène une vie d'errance, rejeté par les uns, appelé par les autres, ballotté entre la Suisse, l'Angleterre et la France où il finira par se fixer, d'abord sous un faux nom. A Lyon, il épouse Thérèse, " sa femme par la grâce de Dieu ". A Paris, il fait la lecture de fragments de ses Confessions dans différents salons et ne suscite que gêne et pitié.

 

Le délire de persécution qui va assombrir les dernières années de l'écrivain ne cesse de s'aggraver. Vivant dans la hantise d'un complot dirigé contre lui et son œuvre, Rousseau se replie sur lui-même, subsistant chichement grâce à quelques petites rentes. Au printemps 1776, son état mental s'améliore. Presque apaisé, il fait chaque jour de longues promenades à pied dans la campagne autour de Paris, herborisant, communiant avec la nature, revivant les heures heureuses de son passé. De cette période va naître son dernier ouvrage : Rêveries du promeneur solitaire. Le 20 mai 1778, Rousseau quitte brusquement Paris : il a enfin accepté l'invitation pressante du marquis de Girardin qui lui offre un asile confortable pour sa vieillesse dans son château d'Ermenonville. Avec lui, l'écrivain emporte son manuscrit inachevé des Rêveries. Il ne devait pas le terminer. Il meurt d'apoplexie le 2 juillet 1778. Voltaire était mort un mois auparavant. Ce qui fera écrire plus tard à Goethe : " Avec Voltaire, c'est le monde ancien qui finit, avec Rousseau, c'est un monde nouveau qui commence ".