Montpellier Histoire & Photos

8éme ville de France - 500 descriptions - 700 photos

Depuis 1999

Jacques COEUR

 

 

 

Copie de la sculpture de 1873 se trouvant dans sa ville natale de Bourges. L'auteur est Auguste Préault 1809-1879 le "Victor Hugo" de la sculpture, qui déclarait "Je ne suis pas pour le fini, je suis pour l'infini"( Ophélie au musée d'Orsay)

 

Née à Bourges en 1395 , mort en 1456 à Chio (ile grecque de la mer Egée) , fils d'un marchand , anobli en 1441 ,il fût le grand argentier , c'est à dire le ministre des finances de Charles VII à qui il fournit les ressources nécessaires pour chasser les anglais de France. Ouvert à toutes les activités commerciales, armateur, monnayeur et banquier, rival des Vénitiens sur les marchés du Levant, créancier non seulement du roi, mais des plus grands personnages du royaume, il devint bientôt gênant, eu ses biens confisqués (il fut accusé d'avoir empoisonné Agnés Sorel), fut condamné au bannissement perpétuel en 1453, et finalement s'évada et se mit au service du pape Calixte III ou celui ci l'employa pour soutenir Rhodes contre les turcs. Devenu Louis XI, l'ex-dauphin Louis, dont il avait soutenu les intrigues contre Charles VII, réhabilita sa mémoire. On fait souvent allusion à sa fière devise :"A vaillans cuers (coeur) riens impossible"

 

A Montpellier vers 1445, il s'occupât activement des voies maritimes (Le lez, l'étang de l'or, le port Juvénal) nécessaire aux fructueux échanges qu'ils allaient réaliser. On lui doit également la création de la fontaine dite de "la Putanelle" aussi appelée à l'époque Fontaine du grand argentier.

Mis en place en décembre 2000.

© KEMPENAR 12/2000

 

Jacques Cœur, prince des marchands - Article du journal le Monde du 19 novembre 2002

 

EconomieLe destin en tout point romanesque de Jacques Cœur (1395-1456) est révélateur des conditions de l'enrichissement au XVe siècle, et du rôle joué par les marchands dans l'histoire économique et politique post-féodale. Jacques Cœur est le fils d'un modeste marchand pelletier, qui a quitté Saint-Pourçain, près de Nevers, pour s'installer à Bourges vers 1390. Cette cité est alors l'une des grandes métropoles du royaume, où réside le duc Jean de Berry, l'un des oncles du roi Charles VI. On mène grande vie à la cour du duc Jean, célèbre pour ses ripailles, son mécénat artistique et ses Riches Heures enluminées par les frères de Limbourg.

 

Les affaires du père de Jacques Cœur prospèrent. Son fils, introduit dans la bonne société berruyère, épouse Macée de Léodepart, fille du prévôt de la ville, et obtient la charge de maître des monnaies de la ville de Bourges. Il s'agit de fabriquer des pièces pour le compte du roi, en y incorporant la quantité de métal précieux confié par le souverain, selon un titre prédéfini. Il est tentant, pour ces fabricants de ne pas respecter le cahier des charges, et de mettre dans leurs poches une partie de l'argent passant entre leurs mains.

 

C'est ce que fait Jacques Cœur, condamné pour ce détournement de fonds, mais gracié en 1429. Cette expérience l'incite à rechercher d'autres moyens de s'enrichir. C'est un voyage au Proche-Orient, entrepris en 1432, qui lui donne la solution : il découvre la profusion de marchandises qui s'échangent sur les marchés du Caire, d'Alexandrie, de Damas et de Chypre, et constate qu'aucun marchand ni bateau français n'y côtoie les commerçants italiens.

 

ÉNORMES BÉNÉFICES

 

De retour en France, il affrète, puis fait construire à Montpellier des navires marchands (les "gallées") qui relient le port de Lattes, puis Marseille aux ports du Levant. Il exporte des draps, des armes, des métaux... et importe des épices, du coton, de la soie, des parfums, des fruits confits, des perles rares, des produits pharmaceutiques... Toutes ces denrées très prisées en Occident sont revendues avec un énorme bénéfice. Mais elles ne peuvent être achetées que par une clientèle fortunée : grands seigneurs et officiers du roi. Or, depuis la reprise de la guerre avec l'Angleterre (1415), l'occupation du nord de la France par les Anglais et la signature du traité de Troyes (1420), qui déshérite le futur Charles VII, celui-ci s'est réfugié avec ses fidèles au sud de la Loire, recevant le qualificatif ironique de "roi de Bourges".

 

Cette proximité favorise les desseins de Jacques Cœur, qui parvient à approcher le roi, vend ses marchandises aux gens de cour et devient l'un des favoris de Charles VII, sacré roi depuis les campagnes militaires de Jeanne d'Arc (1429-1431). Installé à Paris en 1436, Charles VII fait de Jacques Cœur son argentier, l'anoblit en 1441 et le fait entrer dans son conseil en 1442. Jacques Cœur entreprend alors plusieurs réformes : il supprime des péages intérieurs, crée des monnaies, met sur pied un corps d'armée permanent... Il est envoyé par le monarque régler le conflit opposant les deux prétendants au trône pontifical : il réussit à convaincre Félix V d'y renoncer, ce qui lui vaut la reconnaissance de Nicolas V, devenu pape.

 

Cœur devient également visiteur général des gabelles en Languedoc, prend en charge l'Hôtel des Monnaies de Paris, achète et exploite des mines d'argent dans le Lyonnais, et avance de fortes sommes aux gens de cour... Il fait l'acquisition de très nombreuses terres, châteaux et maisons (à Montpellier, Paris, Tours...). Il fait bâtir à Bourges son palais : "chef-d'œuvre de l'architecture civile pré-renaissance".

 

CONSPIRATION OURDIE

 

Jacques Cœur rend possible la campagne militaire de reconquête de la Normandie (1450-1451), en prêtant au roi 200 000 écus d'or. Cœur participe à l'entrée solennelle de Charles VII dans Rouen. Mais celui qui avait laissé Jeanne d'Arc aux mains des Anglais va lâcher son protégé. En 1451, Cœur est accusé d'avoir empoisonné Agnès Sorel, maîtresse du roi (dont il était le légataire testamentaire), ce qui s'avère sans fondement. D'autres chefs d'accusation sont alors formulés contre lui : on ressort l'affaire des mauvaises monnaies ; on l'accuse d'avoir abusé de ses charges, d'avoir utilisé à son profit le petit sceau du roi, d'avoir vendu des armes aux infidèles, d'avoir exporté des métaux précieux...

 

Il s'agit en fait d'une conspiration, ourdie par certains de ses débiteurs, par des marchands du Languedoc, évincés par Jacques Cœur, et soutenue par ceux qui jalousent son ascension sociale et son train de vie princier. Emprisonné sans procès, Cœur est condamné pour crime de lèse-majesté, à faire amende honorable en venant pieds nus demander pardon au roi, et à payer 400 000 écus d'or pour être libéré.

 

Mais, en 1453, il s'évade de sa prison de Poitiers et parvient à gagner Rome où le pape Nicolas V l'accueille. Après la mort de celui-ci, son successeur, sans doute pour se débarrasser de lui, le nomme commandant d'une flotte partant pour la mer Egée combattre les Turcs qui viennent de s'emparer de Constantinople (en 1453). Jacques Cœur meurt dans l'île de Chio, en 1456.

 

Cette vie tourmentée montre que pour s'enrichir il fallait alors bénéficier de l'aide des puissants, de monopoles et de protections, mais aussi que l'essor de l'activité marchande était limité par l'étroitesse de la demande solvable : Jacques Cœur devait prêter de l'argent à ses propres clients, ce qui ne pouvait bien sûr se poursuivre indéfiniment. On voit aussi la place croissante occupée par la bourgeoisie marchande dans la société féodale en profonde transformation. Sans ces "marchands-banquiers", ces financiers et ces conseillers, la monarchie en quête de pouvoir absolu et aspirant à réunifier son royaume n'aurait pu mener à bien son projet.

 

par Pierre Bezbakh

 

Pierre Bezbakh est maître de conférences à l'université de Paris- IX-Dauphine, codirecteur du Dictionnaire de l'Economie (Larousse-"Le Monde"), auteur de l'Histoire de France (Larousse-Poche).